INTERVIEW DE GUY ALBERT DANS LE JOURNAL “LA PROVENCE” – Mercredi 20 mars 2019

Guy Albert, maire de Jouques : 37 ans de mandat, pas un de plus

À un an des élections municipales, La Provence fait le bilan avec les édiles du pays d’Aix

La porte de son bureau de l’hôtel de ville est “toujours ouverte”. Guy Albert ne jure que par la proximité. “C’est mon travail quotidien”, glisse celui qui compare volontiers la fonction de maire à un sacerdoce. “Il faut de la persévérance et de l’abnégation”, confirme-t-il, conscient que “c’est sur le temps qu’on juge les gens”. À 75 ans, dont 37 passées au service des Jouquards, l’heure du bilan est presque arrivée pour Guy Albert.

Ce n’est pas une surprise : vous avez déjà annoncé que vous ne vous représenterez pas en 2020. Pour quelles raisons avez-vous pris cette décision ?

GUY ALBERT : La première, c’est que j’aurai 76 ans l’an prochain et j’estime qu’il devrait y avoir une limite d’âge lorsqu’on brigue un mandat. La deuxième raison, c’est que j’ai 37 ans de mairie derrière moi. J’ai été élu pour la première fois conseiller municipal en 1977, puis j’ai effectué deux mandats comme premier adjoint. Je me suis arrêté en 1995 car je n’étais plus en phase avec le maire de l’époque contre lequel je me suis présenté en 2001.
J’ai ensuite été élu maire à trois reprises, sans trop de difficulté. Aujourd’hui, je pense avoir fait mon temps. Il faut savoir partir.

Comment s’annonce votre succession ?

GUY ALBERT : J’ai encore une année durant laquelle je continuerai de travailler avec mes adjoints et les services, que je remercie pour leur implication. Et puis je préparerai la suite. Je serai là pour arrondir les angles et jouer les arbitres. Mon départ suscite pas mal d’ambitions. Trois listes sont en préparation. Dont une qui se monte avec cinq élus de ma majorité, que je soutiendrai. Cette liste devrait être conduite par Jonathan Bomo, qui, à 40 ans, s’est imposé assez naturellement, sachant que notre équipe était tout de même vieillissante.

Quel bilan tirez-vous de vos 37 années d’élu ?

GUY ALBERT : Je suis assez fier de terminer mon sixième mandat d’élu sans la moindre dette. Mais ma plus belle réussite, c’est d’avoir conservé la vie du village, d’avoir préservé tous les commerces en ville. Il faut dire que j’ai refusé à maintes reprises l’installation d’une grande surface à Jouques. Nous soutenons le commerce de proximité – nous allons d’ailleurs bientôt mettre en place une application smartphone spécifique -, cela permet de conserver la vie intra muros et toute la vie sociale qui va avec.
Je reconnais que parfois c’est un peu au détriment du stationnement qui devient anarchique, mais au moins, il y a la vie ! Et tout le monde le reconnaît, on vit bien à Jouques.
Nous sommes en “site patrimonial remarquable” ; tous nos bâtiments communaux sont accessibles aux personnes handicapées. Nous avons aussi eu le plaisir de recevoir cette année la labellisation “Territoire durable, une Cop d’avance”.

Le cadre de vie de Jouques, cela passe aussi par un urbanisme maîtrisé ?

GUY ALBERT : Cela fait déjà plus de dix ans que nous avons élaboré notre PLU (plan local d’urbanisme, ndlr). Il a été approuvé en octobre 2008. Nous avions une problématique particulière sur Jouques qui est une très grande commune puisqu’elle s’étend sur 8000 hectares et le POS élaboré en 1983 laissait, sur environ 1000 hectares, la possibilité de construire à tort et à travers.
Nous avons arrêté tout ça et gelé ces espaces en zone naturelle. L’objectif étant de concentrer l’habitat plus près du village.

Parvenez-vous à respecter le quota imposé de logements sociaux ?

GUY ALBERT : On a construit de manière parfois anarchique, sans Plan d’occupation des sols dans les années 60, avec un POS par la suite. Jouques a donc accueilli des populations. Le nombre d’habitants a triplé en 30 ans.
Pour nous récompenser, on nous oblige aujourd’hui à construire des logements sociaux. Et comme on ne va pas assez vite, on nous pénalise. Nous étions l’an passé à 54 000€ d’amende, on passe cette année à 74 000€.
Pourtant, nous venons d’attribuer 12 logements sociaux et 77 sont en construction au Deffens. J’ai doublé le parc, nous sommes à près de 200 logements sociaux sur la commune, il nous en faudrait encore 200… Mais malgré nos efforts, on nous pénalise plus que l’an passé.

Je n’arrive pas à comprendre ! Si on prend l’exemple de Rians, dans le Var, d’environ 5000 habitants comme Jouques, et bien nous, nous avons l’obligation de construire 500 logements sociaux, eux zéro ! Car ils ne répondent pas à certains critères imposés, comme l’appartenance à une métropole de plus de 50 000 habitants avec une ville principale de plus de 15 000 habitants. Mais dans tout ça où est la liberté ? L’égalité ? La fraternité ? Je suis en colère contre cette façon d’agir de l’État. Au lieu de nous pénaliser, qu’il nous aide.

Il faudrait que soit aussi pris en compte un critère important, celui de la richesse des communes. Ce système est en train de détruire nos petites communes.

Malgré ces difficultés, des projets innovants ont vu le jour à Jouques, comme cette expérimentation “Territoire zéro chômeur”…

GUY ALBERT : C’est l’une de nos plus belles réussites. Nous sommes les seuls de la moitié sud de la France à être engagés dans cette expérimentation et nous en sommes fiers.
C’est énormément de travail, et aujourd’hui nous en retirons une satisfaction car l’entreprise à but d’emploi Elan Jouques a développé des activités qui, pour certaines, n’existaient pas sur la commune comme l’agroforesterie ou la recyclerie. On compte près de 50 salariés – en CDI, à temps choisi – et 50 autres sont sortis du dispositif.
Autrement dit, en deux ans, nous avons remis 100 personnes à l’emploi. On a redonné de l’espoir à des personnes qui l’avaient perdu. Il n’y en aurait eu qu’un, c’était déjà gagné. Alors, imaginez, 100…

Ces activités nouvelles créées dans le cadre de l’expérimentation seront-elles pérennisées ?

GUY ALBERT : Je le pense. En tout cas, l’expérimentation doit encore durer trois ans et une nouvelle loi doit être adoptée cette année pour étendre l’expérimentation à 50 autres nouveaux territoires.

Sur le plan économique, Jouques n’a pas, contrairement à d’autres communes voisines, de zone d’activité. Pourquoi ?

GUY ALBERT : Il y a eu un manque de volonté de mes prédécesseurs. Depuis 11 ans, j’ai affecté un terrain au logis d’Anne en zone AUe (à vocation artisanale, ndlr), car j’avais dans l’idée de créer une zone d’activité, pour que la commune ait des recettes et pour créer des emplois de proximité.
Nous avons eu des discussions avec Adoma qui au départ ne voulait pas vendre. Elle a finalement changé d’avis et nous allons bientôt signer l’achat de 25 hectares pour créer cette zone d’activité. C’est la Métropole qui portera le projet, en lien avec Iter et le CEA de Cadarache.

C’est un dossier que devra suivre le prochain maire . . .

GUY ALBERT : Oui, on aura posé les bases. Il aura tout en main, le terrain, les discussions entamées, il n’aura plus qu’à faire ! Il aura aussi à gérer la problématique des logements sociaux, en espérant, encore une fois, qu’il y ait une réelle prise de conscience pour ne pas détruire les communes.

Un conseil à donner à votre successeur ?

Un conseil à donner à votre successeur ?

GUY ALBERT : D’avoir beaucoup de patience et de constance. Et parfois, souvent même, d’être sourd.

BIOGRAPHIE

Il a été estampillé divers gauche pendant les élections, “tout ca parce que j’étais un ami de Louis Philibert”, l’ancien député socialiste et maire du Puy. Mais Guy Albert se revendique, lui, sans étiquette politique.

Élu en 1977 conseiller municipal, il fut ensuite premier adjoint au maire, Georges Honnorat avec lequel des dissensions sont apparues, poussant Guy Albert à se présenter en 2001.

Élu maire, il le sera également en 2008, sans opposition puis en 2014 avec 71% des voix.

La METROPOLE

Comme Maryse Joissains, je pense que notre idée de base de créer un pôle métropolitain était la solution. Les communes doivent conserver la proximité à travers des Territoires puissants. Or c’est le contraire qui va se produire.
Je ne comprends pas pourquoi on casse un Département qui fonctionnait bien pour finalement refaire une Métropole qui reprend la totalité du département, au passage on perd 5 ou 10 ans et on endette tout le monde.

Le préfet n’a pas entendu les inquiétudes des maires. Moi, ce que je crains c’est la disparition pure et simple des petites communes autour des grandes métropoles. On ne va plus rien gérer à part les pots de fleurs et les chiens crevés.

Article par Stéphanie Durand-Vial – La Provence